Edito de juillet 2019

J’ai besoin de me retrouver ,
une petite phrase qu’on peut souvent entendre ou aussi se dire à soi-même ! «
Se retrouver », cela peut sonner comme un slogan à l’ère du développement
personnel… Toutefois, l’expression est intéressante, car elle semble vouloir
dire que l’on a perdu quelque chose d’essentiel à force d’accumuler des
activités ou des possessions. A l’instar de l’évangile qui nous met en garde :
« <em>A quoi bon gagner le monde entier si l’on perd son âme ? </em>» (Mt 16,
26), toutes les traditions spirituelles soulignent le risque qu’a l’homme de
perdre quelque chose de vital lorsqu’il se situe dans le « faire » pour avoir
l’impression d’exister ou dans l’« avoir » pour se protéger contre les aléas de
l’existence. Il perd son être ! Paradoxe cruel de l’existence : on cherche à gagner
et l’on se trouve au final perdant ! Pour « se retrouver », il faudrait alors
être prêt à perdre certaines choses, à « lâcher prise », à se désencombrer. Et
si le temps de vacances pouvait nous y aider ?
Vacances vient du latin vacuum qui
signifie « vide » et a donné en français aussi « vacuité » ! Mais n’est-ce pas
souvent ce vide qui nous fait peur ? Regardons autour de nous… regardons en
nous : Chez certains, la radio ou la télé sont en permanence allumées pour ne
pas se sentir seuls, quand les jeunes (et moins jeunes) se promènent, ils ont
souvent des oreillettes avec une musique assourdissante qui les ferme à la
communion avec leurs semblables ou avec la nature dans ses bruissements
subtils, d’autres (dont je suis) ont toujours un ou deux livres avec eux, au
cas où il y aurait un temps mort dans la journée… Le vide est menaçant. Pour «
se retrouver », il ne faut rien faire de particulier ou plutôt simplement (mais
le simple est parfois difficile !) essayer de sortir de l’ordre du faire. Ne
pas chercher à combler le silence ou la solitude, mais percevoir ce qui vit en
nous, nos désirs profonds, peut-être nos frustrations, pour nous reconnecter à
notre intimité. Dans le silence, la prière, la méditation, creuser encore plus
profond pour dégager la Source intérieure qui ne cesse de jaillir et que l’on
peut nommer Dieu… Mais aussi, avoir assez de temps libre pour des rencontres
avec des proches ou des étrangers dans la gratuité de moments d’échanges… Voilà
ce qui peut nous être donné à vivre dans ce temps béni des vacances… Pasteur Isabelle Hervé