Edito nov_dec_2015

L’hymne à l’amour (1).

 

Ça vous dit quelque chose ? Bien sûr, tout le monde le connaît, il s’agit du fameux texte de 1Corinthiens 13, une lettre de l’apôtre Paul aux chrétiens de Corinthe. Nous sommes en l’an 55 après JC.

A l’époque, Corinthe était une ville prospère, avec ses riches et ses pauvres, bien sûr. Centre intellectuel où toutes les familles philosophique, religieuse ou païenne étaient représentées.

Dans sa lettre à l’église, qu’il connaît bien pour l’avoir créée avec quelques disciples quelques années plus tôt, Paul fait face aux divisions et aux scandales au sein de la communauté. Une communauté vivante et fervente mais qui était traversée par des conflits internes, dont l’un des plus graves concernait l’utilisation des dons de l’Esprit.

De fait, l’ensemble de la lettre de Paul traite des questions qui touchent à un problème fondamental plus large qui s’est, par la suite, posé à toutes les époques de l’histoire de l’Église, et qui se pose aujourd’hui plus que jamais : celui de la « distance culturelle », celui de l’enracinement du message chrétien dans une culture différente de celle dans laquelle il avait été vécu précédemment. Dans le contexte de Corinthe, il s’agit du passage de la culture du monde judéo-palestinien à celle du monde hellénistique.

On pourrait, lors d’un culte-réflexion, travailler quelques passages de cette lettre, en nous posant la question de l’acculturation : comment rester fidèle au message du Christ reçu dans un contexte culturel différent de celui du pays d’accueil ? Comment vivre l’évangile aujourd’hui dans un contexte multiculturel ?

Pour cet édito, un seul mot retient mon attention : l’amour !

Les chrétiens de Corinthe étaient riches de toutes sortes de dons spirituels, certains avaient des dons de guérison, de parler en langues, d’autres de prophétiser, d’autres d’enseigner, etc.

Malheureusement, ces dons étaient utilisés sans discernement, et la confusion générale régnait concernant les doctrines chrétiennes essentielles. Ils avaient oublié que le Saint Esprit est donné à l’Église pour l’utilité commune et non pour valoriser les performances individuelles et égocentriques !

L’apôtre Paul écrit donc cette première lettre aux chrétiens de Corinthe dans le but de rétablir l’église sur sa fondation initiale : Jésus-Christ. Car l’église hier, comme aujourd’hui, cesse d’être lieu de la présence vivante de Dieu dès qu’elle oublie sa mission en perdant de vue Celui qui l’envoie dans le monde pour y proclamer la Bonne Nouvelle du salut par grâce !

C’est dans ce contexte confus et tendu que l’apôtre Paul, dans un souci d’apaisement, leur écrit une longue lettre en indiquant une voie meilleure qui dépasse et relativise tous les autres dons : la voie de l’amour !

Je peux en effet avoir tous les dons, même celui de faire des miracles, je peux même sacrifier ma vie pour Dieu, leur écrit-il, mais si je n’aime pas les autres, tout ce que je fais n’a aucun sens pour Dieu !

Par ces mots, Paul nous apprend ceci : on repère un chrétien à sa manière d’être en relation avec les autres, à l’amour dont il est habité !

Mais d’où lui vient cet amour ?

Lorsque nous aimons, nous nous ouvrons à ce qui ne nous appartient pas. En effet, l’amour est un don, ce n’est pas quelque chose que nous créons nous-mêmes, l’amour (Agapè) nous arrive par Dieu, il vient créer en nous quelque chose qui nous était inconnu jusque là, quelque chose comme un précieux et fragile trésor qu’on accueille, qu’on ne peut pas décrire mais qui se voit et se vit!

Il est dans le cœur, dans le corps, dans les yeux, dans l’émotion qui nous saisit face à l’autre, dans la tendresse, dans la patience, dans l’écoute, dans le pardon mutuel, dans le respect des convictions des uns et des autres…

« Dieu est amour », lisons-nous dans la première épître de Jean.

Dieu est amour ! Cela ne signifie pas, banalement, que Dieu nous aime bien. Cela veut dire que la nature même de Dieu c’est d’aimer ; cela veut dire aussi qu’il est la source de tout amour et que nous ne le connaissons qu’à travers son amour, révélé dans la personne de son Fils Jésus-Christ.

De même que la respiration est indispensable à l’homme, de même aucun être humain ne peut vivre sans aimer ou sans être aimé.

«Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas l’amour, je suis du bronze qui résonne ou une cymbale qui retentit. Et quand j’aurais le don de prophétie, la science de tous les mystères et toute la connaissance, quand j’aurais même toute la foi jusqu’à transporter des montagnes, si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien. Et quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais même mon corps pour être brûlé, si je n’ai pas l’amour, cela ne me sert de rien. »

Ce message fort, adressé à la communauté chrétienne de Corinthe par l’apôtre Paul au premier siècle, est salutaire, il est encore valable aujourd’hui et le sera demain !

 

Pasteur Alkaly Cissé

 

(1) 1 Corinthiens 13,1-13