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              Notre Père qui es aux cieux…

… Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.

Cette seconde demande est au cœur de la prière. Elle est essentielle car elle permet de rappeler le fondement original de l’Evangile qui est le pardon de Dieu à l’infini, sans limite, et sans condition. Ce n’est donc pas une sorte de récompense qui serait offerte à ceux qui auraient fait preuve de repentance ou à ceux qui n’auraient quand même pas trop péché. Non, dans « Pardonne-nous nos offenses » il y a deux affirmations : nous sommes imparfaits et nous avons commis des erreurs, des péchés, des offenses ; et de ce fait une fois de plus tu nous pardonneras, car ton amour est absolu et que cet amour est porté par Jésus Christ lui-même. Certain pourraient penser que cette demande est plus une requête qu’une demande, qui obligerait Dieu à nous pardonner par complaisance ou par lâcheté. A cela nous répondrons par un premier rappel : Dieu hait les péchés pas les pécheurs, Dieu sait pardonner sans juger (voir Exode 34 :7). Secondement ,la suite de la prière « comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés » permet d’apporter un juste équilibre dans ce neuvième échange avec Dieu.

C’est ainsi que dans Mt 6 :14-15, on peut lire : « Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses» Ce qui impliquerait une forme de conditionnement réciproque, qui pourrait se traduire par : à partir du moment où je pardonne celui qui m’a fait du mal, toi mon Dieu tu ne peux que me pardonner ! Mais cette hypothèse replacée dans la prière qui nous a été transmise par Jésus Christ, n’est pas envisageable. Car Jésus Christ réfute toute proposition de type « donnant/donnant » pour favoriser les propositions de type « prenez ».

Il est donc nécessaire d’explorer une autre hypothèse. Pardonner à autrui librement, gratuitement, consciemment a pour conséquence de se libérer de celui qui vous a fait souffrir. Le pardon peut donc rompre le lien et soustraire une charge psychologique ou émotionnelle mais plus encore ; le pardon peut également rafraîchir la confiance que l’on porte à l’autre tout en autorisant de poursuivre une relation qui peut se révéler fructueuse. Notre seconde demande à Dieu consisterait alors à reconnaître de Dieu sa difficulté d’avoir à nous pardonner même si son pardon est acquis, en comparaison à nos propres difficultés pour savoir pardonner à l’autre quelles que soient les douleurs qu’il nous a infligé.

Je retiendrais dans cette dernière hypothèse deux conclusions :

Le pardon n’est pas chose facile ni pour Dieu, ni pour nous-mêmes, mais c’est le prix de la liberté, de l’autonomie, de la paix et de l’amour.

Jésus Christ nous rappelle que le pardon n’est pas une injonction ou un commandement mais plutôt un exercice de vie qu’il faut savoir appliquer avec l’aide de Dieu, une fois de plus saisi en confiance durant la prière Universelle.

Alain GILLES