C’est le 13, rue Jean Jaurès

Galerie photos >>>

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’à la base, je n’étais pas très convaincu par l’initiative. L’idée d’une cérémonie d’au revoir à notre temple ne me semblait pas en accord avec le fait de ne pas sacraliser des lieux. Et pourtant, au fil de la lecture de l’Ecclésiaste, ce lieu se chargeait de symboles et d’éléments renvoyant à mon histoire personnelle.

Ce lieu témoigne de mon engagement. J’y ai repris une vie communautaire. Comme de nombreux jeunes adultes, je m’étais éloigné de la fréquentation du culte. Et alors que Boissy était plus près en termes de distance, notre choix s’est porté sur Champigny, ce que nous n’avons jamais regretté. Nous savions déjà qu’on devrait déménager quand notre conseil presbytéral a été consacré. Et c’est là que j’ai effectué mes premiers pas en tant que prédicateur.

C’est aussi un attachement familial. Mes enfants y ont effectué leurs premiers cultes, Jonah y a été baptisé et c’est l’un des premiers bâtiments qu’il a identifiés, petit. Je le revois faire ses premiers pas lors du Noël des enfants avec l’Ecole du Dimanche et sa prise de confiance en lui, lui permettant aujourd’hui de demander des rôles pour ces moments de fête. Pour Joséphine, le premier contact a été une longue sieste. Donc, très calme et à l’opposé de ce que son papa disait.

Enfin, cette adresse révèle aussi des rencontres. Celle de cette communauté qui nous a acceptés et nous porte dans chacune de nos actions. Marie-Claire, qui nous a appelés chacun par son nom dès le deuxième dimanche, chaque Conseil presbytéral, qui est un grand moment de chaleur, de partage et d’apprentissage, toutes ces personnes qui si elles ne sont pas citées individuellement, ont contribué à cette forme de bien-être et de sérénité, ce sentiment d’être chez soi. Cette communauté plurielle, aussi bien dans la diversité ethnique que dans l’influence théologique. Et cette rencontre qui a entraîné un changement paradigmatique en ce qui concerne le chant.

Petit-fils d’un pasteur plutôt austère quand on pense à l’environnement dans lequel il vivait, j’ai été marqué par son rapport à la musique et au chant. Sans doute parce qu’il a surtout été dans des paroisses rurales ou péri-urbaines, le chant était dépouillé, sans instrument d’accompagnement. Et je voyais bien son regard réprobateur quand, petits, nous nous essayions à la danse sur des musiques qu’on qualifiait de « mondaines ». Mon premier contact avec l’Église réformée et la montée en puissance des églises issues des courants évangéliques américains ont fini de me convaincre que le beau chant était antinomique avec mes attentes réflexives sur les textes de méditation. Pourtant, l’arrivée d’Isabelle m’a démontré qu’on pouvait allier les deux. Par sa volonté de nous faire mieux chanter et le culte du vendredi, elle montre qu’on peut concilier un chant joyeux et une prédication exigeante, tant dans son contenu que dans la possibilité en chacun de nous de se l’approprier.

Parce que notre parcours de foi est aussi dans ces paradoxes, on peut accepter que même s’il n’est pas sacré, un lieu peut être porteur de symboles. Je pense qu’à titre personnel, il témoigne de nos contradictions, de la complexité de nos émotions et de ces incertitudes individuelles qu’on transforme en certitude collective. C’est cette certitude de l’amour de Dieu qui nous permet de continuer tous les dimanches à nous retrouver, à garder tous cet esprit qu’on peut choisir de lier à cette adresse, mais qui est simplement le témoignage de la présence de Dieu au milieu de nous quand nous nous réunissons en son nom.

Il y a définitivement un temps pour tout… Et donc, un temps pour dire provisoirement au revoir au 13, rue Jean Jaurès.

Hervé Kouamouo

Galerie photos >>>