Culte de Pentecôte – 20 mai 2018

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Matthieu 14, 22-33

La traversée du lac

Pasteur Isabelle HERVÉ

Chers frères et Sœurs, chers catéchumènes,

C’est là le texte que j’ai choisi pour ce grand jour de clôture de catéchisme et de votre confirmation. Car je crois qu’à bien des égards, ce récit de la traversée du lac de Jésus avec ses disciples a bien des choses en commun avec la situation dans laquelle vous vous trouvez, à savoir l’adolescence qui vous conduit progressivement vers l’âge adulte, car on ne devient pas adulte du jour au lendemain. Je crois, en effet, que ce récit donne des pistes importantes pour bien mener la barque de votre vie et pour arriver à avancer dans votre vie, sans sombrer. Et cela commence déjà par l’ordre que Jésus donne à ses disciples de monter dans la barque et de passer avant lui de l’autre côté du lac.

Un ordre de séparation ! Un ordre qui appelle la prise d’initiative et de responsabilité ! Car ce n’était pas rien de traverser ce lac sur lequel les tempêtes pouvaient s’abattre en très peu de temps et avec une violence impressionnante. Avaient-ils seulement envie, les disciples, de s’y aventurer seuls, sans leur maître ? Ils étaient donc tellement bien ensemble. Ils pouvaient bien l’attendre pour traverser ensemble ! Mais non, Jésus leur dit de se mettre en route, d’y aller sans lui ; de s’assumer ! Et cela peut être drôlement séduisant, de ne pas donner suite à l’ordre de Jésus qui vous dit de vous bouger, de vous mettre en mouvement vers l’autre rive, c’est-à-dire vers l’âge adulte. Qu’est-ce qu’on peut se sentir bien dans cet état intermédiaire où l’on n’est plus vraiment un petit et pas encore un grand ! Et je sais que cela peut paraître séduisant de ne jamais arriver sur l’autre rive, celle de l’âge adulte. Probablement parce que nous, adultes, vous donnons parfois un spectacle affligeant et angoissant de notre vie d’adulte qui ne donne pas vraiment envie de devenir adulte !

C’est tellement plus confortable de rester dans l’enfance ou l’adolescence : On n’est pas obligé de prendre des responsabilités – ni pour soi-même, ni pour les autres ; on n’est pas obligé de se soucier de ses ressources – les parents sont là pour veiller sur nous et nous donner la sécurité, la nourriture, les soins et tout ce qu’il nous faut pour vivre.

On peut même faire des bêtises, sans être forcément tenu pour responsable vu qu’on est encore sous l’autorité des parents. Oui, il y a des avantages à ne pas donner suite à l’ordre de Jésus, à ne pas quitter la rive de l’enfance, à ne pas se mettre en route sur les eaux troubles de l’adolescence pour arriver au rivage de l’âge adulte, avec tout ce que cela signifie d’ailleurs en termes de responsabilités voire de soucis, de choix à faire et de décisions à prendre, de ruptures avec le passé et d’engagement vers l’inconnu ! Il peut être séduisant, dans l’incertitude des temps présents, de ne pas grandir vers l’âge adulte. Et pour nous adultes, il est aussi terriblement séduisant de refuser de vous voir grandir. Oui, il est séduisant de vous maintenir dans un statut d’enfant, soit que l’on domine, soit que l’on couve, en tous cas que l’on empêche de prendre des responsabilités et surtout de prendre le large, de l’indépendance ! Pour x raisons, mais en particulier parce qu’il n’est jamais facile d’admettre que nos enfants ne soient plus dépendants de nous, qu’ils n’aient plus vraiment besoin de nous ; que nous vieillissons et passons ! Mais, n’oublions pas ce que dit Khalil Gibran au sujet de nos enfants :

« Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à la Vie. Ils viennent à travers vous mais non de vous. Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne sont pas à vous. Vous pouvez leur donner votre amour, mais pas vos pensées. Car ils ont leurs propres pensées. Vous pouvez héberger leurs corps, mais pas leurs âmes. Car leurs âmes résident dans la maison de demain que vous ne pouvez visiter, pas même dans vos rêves. Vous pouvez vous efforcer d’être comme eux, mais ne cherchez pas à les faire à votre image. Car la vie ne marche pas à reculons, ni ne s’attarde avec hier. Vous êtes les arcs desquels vos enfants sont propulsés, tels des flèches vivantes. L’Archer vise la cible sur le chemin de l’Infini, et Il vous tend de Sa puissance afin que Ses flèches volent vite et loin. Que la tension que vous donnez par la main de l’Archer vise la joie. Car de même qu’Il aime la flèche qui vole, Il aime également l’arc qui est stable. »

C’est dans ce même ordre d’idée que Jésus dit à ses disciples : « Allez, partez sur l’autre rive, même si vous ne savez pas vraiment ce qui vous attend ! Volez de vos propres ailes ! Faites vos expériences ! Je vous rejoindrai plus tard ! » Les disciples font ce que Jésus leur demande. Et ils font très rapidement l’expérience que ce n’est pas sans risque. Vivre, c’est prendre des risques. Grandir, c’est prendre des risques. Et personne ne peut vous en préserver ou les assumer à votre place. On ne vit pas par procuration ! Très vite, donc, et très logiquement les disciples se trouvent en pleine tempête. Ils doivent lutter contre les vents contraires. Chacune et chacun de vous en fera l’expérience. Celui qui commence à prendre ses responsabilités, à s’assumer, fait l’expérience désagréable des vents contraires qui lui soufflettent le visage. Et parfois ces vents contraires viendront de nous adultes, vos parents qui essayons encore d’avoir une forme d’autorité sur vos vies, de vous retenir alors que vous êtes prêts à prendre votre vie en main ! Si par exemple vous dites : « Je ne suis pas d’accord » ou « Je n’ai pas envie de faire telle ou telle chose » ou « Je veux faire mes expériences et aller mon chemin », il se peut bien qu’on vous rétorque : « Mais tu ne peux pas faire ça ! Tu n’as pas le droit ! Ça ne s’est jamais vu ! » Des vents contraires vous fouetteront le visage et vous aurez souvent à vous battre contre les vagues menaçantes, contre les lames de fond !

C’est à ce moment précis que dans le texte biblique se produit ce qui me semble être décisif : au moment où les disciples luttent contre les vagues, Jésus vient et dit : « Courage / ayez confiance, c’est moi, n’ayez pas peur ! » Il m’importe peu de savoir si Jésus a effectivement marché sur les eaux ou non. Ce qui importe, par contre, c’est de savoir que Dieu est là lorsque vous avez besoin de lui. Ce qui importe, c’est de savoir que Dieu n’est jamais loin, qu’il ne vous perd pas de vue et qu’il est tout particulièrement à vos côtés aux pires moments de votre vie, par cette parole qui redonne courage et confiance. Ce qui importe, c’est que toujours à nouveau, vous puissiez entendre cette promesse que Dieu vous a faite lors de votre baptême et qu’il vous renouvelle aujourd’hui, comme aux disciples : « N’aie pas peur ! Je suis avec toi, je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi. Sois courageux et confiant, et accomplit ce qui relève de ta responsabilité. Je suis avec toi. N’aie pas peur ! » Ce qui importe, c’est que vous preniez cette parole à cœur ; que vous cherchiez chaque jour, à l’expérimenter et à en vivre. Tout de suite après avoir entendu ces paroles, Pierre veut vérifier la véracité de cette parole : « Si vraiment on peut te faire confiance, Seigneur, alors ça doit être possible de marcher sur un sol absolument instable et mouvant. Alors ça doit être possible, en fixant le regard sur toi et sur ce que tu attends de nous, qu’on puisse avancer et, surmontant les flots menaçants, arriver à bon port ! » Et c’est ce qu’il fait. Il teste. Et il se rend compte que – Oui – c’est possible !

En fixant mon regard sur Dieu, je peux marcher avec assurance, même sur une mer démontée, même en pleine tempête, même face à des vents contraires et violents.

La vie n’est pas un long fleuve tranquille, il ne fait pas soleil tous les jours – ces derniers temps nous le rappellent à notre grand désarroi ! C’est pourquoi j’aimerais vraiment vous encourager à expérimenter dès maintenant, à tester comme Pierre, les promesses du Seigneur. Oui, n’hésitez pas à le prendre au mot afin de découvrir par vous-mêmes – comme tant de croyants avant vous – que « le Seigneur tient fidèlement ses promesses, » et que « tout ce qu’il fait est marqué de sa bonté » comme le confesse le psalmiste au psaume 145. Alors, lorsque comme les disciples vous vous trouverez dans une situation difficile à maîtriser, une situation qui vous angoisse terriblement, une situation dans laquelle vous n’en menez pas large, vous saurez, vous aussi vers qui vous tournez ; vous saurez qu’il est possible de traverser debout une mer déchaînée, de faire face aux vents violents qui cherchent à vous faire plier. Parce que le Christ est là à vos côtés et vous rassure en disant : « Courage / ayez confiance, c’est moi, n’ayez pas peur ! » Dieu vous dit : « N’ayez pas peur ! Je suis avec vous ! Prenez courage et faites ce qui est de votre responsabilité ». Mais Dieu ne vous dit pas : « Si vous me faites confiance, il ne vous arrivera rien ! » La foi n’est pas une potion magique qui rend le croyant invincible. Elle est une force, une puissance dit l’apôtre Paul et une confiance qui nous donne le courage et le calme pour traverser les épreuves. Le risque qui nous guette toujours à nouveau – vous les jeunes et nous les adultes -, c’est de nous détourner de la foi, de mettre Dieu au second plan dans notre vie ; Le risque qui nous guette, c’est de croire qu’il y a plus important que Dieu dans la vie et de tourner notre regard vers les choses immédiates au lieu de regarder à Christ. Pierre en tous cas, c’est ce qu’il fait. Il regarde vers ce qui menace et fait peur, il se laisse pleinement happer par le danger et il commence à s’enfoncer dans l’eau. Lui qui voulait se prouver qu’il était capable de faire comme Jésus, mais sans son aide, se rend compte qu’il n’y arrive pas tout seul. En commençant à marcher sur l’eau, Pierre a oublié une chose importante : de garder le regard fixé sur Jésus ! En détournant son regard de Jésus, il ne voit plus que le danger. Et c’est là qu’il sombre. Il en sera de même pour vous lorsque vous commencerez à chercher votre propre voie, à faire votre vie. Le danger et le risque de sombrer existent. Mais si vous gardez le regard fixé sur le Christ, si vous faites confiance à ses promesses et vous orientez selon sa Parole, vous arriverez à traverser les eaux parfois déchaînées et les tempêtes qui s’abattent sur votre vie.

Pierre s’est lancé dans l’aventure. Il s’est mis en route vers le Christ ; mais en cours de route, il s’est mis à douter et à avoir peur… et il s’enfonce ! Et il appelle au secours : « Seigneur, sauve-moi ! » Et aussitôt Jésus étend sa main et vient à son aide. Aucun de ceux qui se mettent en route ne sera abandonné à l’heure de la tempête, à l’heure du doute et de la peur. C’est là le message de ce récit : lorsque vous vous mettrez en chemin pour voler de vos propres ailes, pour marcher seul, et que vous oublierez de regarder à Dieu et de vous fonder sur ses promesses, il se peut bien que vous commenciez à sombrer. Mais là encore, vous ne serez jamais abandonnés : Dieu n’est jamais loin ; Il vous tend la main pour vous soutenir sur les eaux déchaînées de votre vie. Il vous adresse une parole qui redresse et fait vivre, une parole qui redonne courage et confiance, une parole qui apaise la peur et donne la paix. « Courage / ayez confiance, c’est moi, n’ayez pas peur ! » A chaque fois que, comme Pierre, vous crierez vers le Seigneur : « Sauve-moi ! » Dieu viendra et étendra sa main vers vous pour vous mettre en sécurité : « Ils montèrent tous deux dans la barque et le vent tomba. » C’est là la promesse qu’il vous fait aujourd’hui, en ce jour de votre confirmation, comme il l’a déjà fait pour vous au jour de votre baptême. Puissiez-vous faire vôtre cette promesse et ne jamais oublier de regarder à Christ et de vous mettre à l’écoute de la Parole de Dieu qui vous montre le chemin et qui vous donne le courage et la force pour avancer, aussi en eau trouble, vers l’autre rive, là où se poursuit votre vie et où vous attendent d’autres défis et engagements.

Amen.

Pasteur Isabelle HERVÉ