Que faire de nos doutes ?

Dimanche 2 septembre 2018

Isabelle ZUBER

Jean 20, 19-29

Jésus apparaît à ses disciples

19 Le soir de ce même dimanche, alors que les portes de l’endroit où se trouvaient les disciples étaient fermées, par crainte des Juifs, Jésus vient et se tient au milieu d’eux, il leur dit : « Que la paix soit avec vous ! » 20 Quand il eut dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples se réjouirent de voir le Seigneur.  21 Jésus leur dit à nouveau : « Que la paix soit avec vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. » 22 Après avoir dit cela, il souffla sur eux et leur dit : « Recevez l’Esprit saint. 23 Ceux à qui vous pardonnerez les péchés, Dieu leur pardonnera ; ceux à qui vous refuserez le pardon, Dieu ne leur pardonnera pas. »

Thomas et le ressuscité

24 Thomas, celui qu’on appelle le Jumeau, l’un des Douze, n’était pas avec eux lorsque Jésus vint.  25 Les autres disciples lui dirent donc : Nous avons vu le Seigneur. Mais lui leur dit : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous et ma main dans son côté, je ne le croirai pas ! » 26 Le dimanche suivant, ses disciples étaient de nouveau dans la maison, et Thomas avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient fermées ; debout au milieu d’eux, il leur dit : « Que la paix soit avec vous ! » 27 Puis il dit à Thomas : « Avance ici ton doigt, regarde mes mains, avance ta main et mets-la dans mon côté ! Arrête de douter et crois ! » 28 Thomas lui répondit : « Mon Seigneur, mon Dieu ! » 29 Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois ? Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! »

Que faire de nos doutes ?

Les disciples ont douté.

C’est la nuit du dimanche de Pâques. Le matin, au tombeau, Jésus est apparu à Marie de Magdala. Après un moment d’incrédulité, marie reconnait Jésus et elle s’empresse alors d’aller annoncer aux disciples qu’elle a vu le Seigneur. Quelle bonne nouvelle ! Mais les disciples n’y ont pas cru. L’annonce de Marie ne les a pas rassurés, ils ont douté de sa parole. Ils se sont barricadés dans la chambre haute, par peur des conséquences de tout ce qu’ils viennent de vivre mais aussi pour réfléchir à tout ce qu’ils ne comprennent pas. Les expériences de ces derniers jours ont en effet tout remis en question dans leurs certitudes. Tous ces événements se sont bousculés et les disciples sont dépassés par ce qu’ils ont fait, vu et vécu. Ils sont plein de sentiments confus. La nuit les environne : la nuit du dehors mais aussi la nuit du dedans, celle de leur âme, ils sont enfermés dans leur peur : peur des représailles et de la vengeance mais aussi peur d’eux-mêmes et de l’avenir. Ils ont perdu leurs références. Ils se trouvent seuls face à l’inconnu.

Les disciples ont cru.

Et voilà que Jésus vient, se tient au milieu d’eux et leur dit : « la paix soit avec vous ! » : Jésus est présent et leur parle. Pour les disciples, c’est la vie qui reprends. Jésus leur donne la paix, leur montre ses mains et son côté, et ils le reconnaissent. Il est là au milieu d’eux et leur cœur est rempli de joie en voyant le Seigneur. C’est comme un bouleversement. Rien ne sera plus jamais comme avant. Celui qu’ils croyaient mort, est là, bien vivant. Il leur donne le courage de relever la tête mais bien plus : « en soufflant sur eux et leur disant : Recevez l’Esprit Saint », il les ramène à la vie et leur redonne un avenir. Le terme qui est utilisé par Jean pour décrire ce moment est le même que celui utilisé dans le récit de la Genèse, pour la Création, lorsque Dieu insuffle, donne le souffle au premier homme. Ce souffle donné est la création de l’Église primitive.

Ils ont vu, ils ont cru ; ils sont remis en selle et prêt à repartir sur les routes, sauf Thomas qui était absent. Les disciples lui ont tout raconté mais il est loin d’être convaincu.

J’ai une tendresse particulière pour Thomas. Il est le seul à ne pas avoir assisté à la venue de Jésus, est-il jaloux, déçu ? Peut être mais incrédule surement. Ceci dit les autres disciples l’ont été avant lui quand ils n’ont pas cru Marie ! Pourtant c’est sur lui que va rester la tache de celui qui doute ! Comme je les comprends ces hommes et femmes qui, dans un premier temps, n’ont pas cru à l’incroyable. Bien sur cela était annoncé dans l’ancien testament et par Jésus lui-même mais tout de même quel choc !

Thomas a douté.

Thomas est malheureux, il n’a pas revu son ami, son maitre, celui qui le guidait, il est perdu, il veut voir pour pouvoir lui aussi reprendre la route. Il se sent à part, il se sent exclu du groupe de ses amis. Thomas, ce n’est pas forcément celui qui doute, comme veut nous le faire croire la tradition. Thomas, c’est celui qui veut savoir, qui veut mettre sa foi à l’épreuve de son intelligence. Il veut toucher du doigt. Il veut avoir des preuves concrètes. Alors Thomas réclame lui aussi à voir pour croire et ainsi repasser du côté de l’espoir et de la vie qui s’est arrêtée avec la mort de Jésus. Jésus ne refuse pas les exigences de Thomas. Si la résurrection est un mystère, elle n’interdit pas de se questionner, on peut réfléchir à son sujet, on peut essayer de comprendre ce qui s’est passé.  D’ailleurs, Jésus même y invite Thomas : mets ton doigt ici, regarde, avance, met la main dans mon côté. Jésus lui-même laisse Thomas faire cette réflexion, cette recherche, et l’invite faire cette expérience.

Thomas a cru.

Alors Thomas voit et il n’a pas besoin de toucher, il n’y aura pas de contact physique. Mais il y autre chose : une parole du Christ qui lui est personnellement adressée, Jésus s’adresse à lui seul et Thomas il découvre que la résurrection a une autre réalité que l’apparence physique : Thomas est touché intérieurement. C’est au plus profond de lui-même que la résurrection est devenue une réalité. C’est désormais une conviction intérieure, que l’Esprit de Dieu a déposée en lui. Ce qui lui permet d’énoncer avec certitude : “Mon Seigneur et mon Dieu !” Thomas confesse la foi qu’il vient de retrouver par la parole de Jésus.

Ce qui est intéressant dans ce texte c’est qu’à aucun moment Jésus reproche son doute à Thomas. Jésus revient vers Thomas et le rassure, il le comprend, lui donne la possibilité de retrouver sa place dans le groupe et de partir annoncer la bonne nouvelle.

Et maintenant et ici dans notre vie de tous les jours, en quoi ce texte peut nous porter ?

Thomas, dans la religion est devenu la caricature de celui qui doute, il a besoin de preuve et comment lui en vouloir ? C’est si rassurant ! Finalement, nous sommes tous plus ou moins comme Thomas : le doute est l’ombre de notre croyance ou inversement. Alors dans les cas de doutes, comment retrouve-t-on une certitude ? Pas tout seul, ni par la voie de la raison, la raison n’a pas sa place dans la foi. Nous allons pouvoir croire, à nouveau, parce que Dieu vient à notre rencontre, parce que Dieu vient vers nous comme il l’a fait pour Thomas. Nous sommes paralysés par le doute et Dieu qui est en mouvement nous rejoins pour l’effacer. C’est parce que nous abandonnons la raison et que nous laissons la voie libre à l’amour de Dieu et à la foi qu’il nous offre que nous allons pouvoir croire à nouveau. Ce qui est intéressant dans l’alternance doute/certitude, c’est qu’à aucun moment le doute ne fait naitre l’exclusion : Thomas n’est pas rejeté, il reste avec les autres disciples. Dieu accepte de se laisser mettre en doute, il nous offre la foi et il nous laisse la remettre en question : cette opposition nécessaire entre Dieu et nos doutes nous rend plus fort car le seul enjeu est d’oser croire sous le regard de Dieu et dans son amour. Dieu nous offrira sa foi autant de fois qu’il le faut, il ne se lassera pas. A nous de dire oui et d’entrer alors dans l’espérance.

Finalement, ce texte fait la part belle au doute car sans le doute il n’y aurait pas de possibilité de croire : la vie nous fait vivre en même temps « le croire » et « le douter ». Le doute nous fait avancer vers Dieu car il nous secoue et nous pousse à réfléchir à la valeur de nos croyances. Celle alternance que Dieu nous propose de vivre nous stimule et nous rend créateur de notre vie et de notre foi : Pascal a bien résumé la situation en une phrase : « pour croire avec certitude, il faut commencer par le doute » Amen.

Isabelle ZUBER